Pourquoi une telle souffrance : excessive, disproportionnée, que rien ne parvient à calmer, à raisonner … pour ce « simple objet » ?

Pendant de longues années, après la mort de mon père, spectatrice d’innombrables concerts mais aussi en tant que vice-présidente de l’Orchestre Universitaire de Besançon, j’admirais, j’écoutais, je regardais, j’enviais tous ces violonistes que je côtoyais parfois de très près, me disant : quel dommage !…

L’idée me traversait l’esprit, fugace… laissant la place aux autres nécessités, aux « priorités » de la vie. Mais elle faisait son chemin, tout doucement, attendant son heure, l’événement qui allait la projeter au premier rang de mes préoccupations, de mes obsessions !

L’événement survient, terrible : en 2002, le cancer me frappe. A plusieurs reprises, les pronostics sont réservés… Il a fallu beaucoup lutter, beaucoup espérer, beaucoup souffrir et, enfin, s’en sortir. Pas vraiment guérie mais la tête et le coeur emplis de projets, d’une vision complètement nouvelle de la vie, d’un enthousiasme curieux et étonnant…

La petite idée qui attendait son heure ressurgit, d’un coup, muée en véritable « idée fixe » : accomplir enfin et sans plus tarder le devoir sacré de mémoire envers mon père. Rechercher son violon dans la maison, le sortir de la poussière, l’arracher à ce sommeil qui avait trop duré ! A ma demande, toute la famille s’est mise à fouiller les vestiges hétéroclites qui hantent et encombrent les greniers des vieilles maisons. Aussitôt trouvé, aussitôt apporté chez moi à Besançon, avec mille précautions, le violon accompagné de trois archets fut regardé, touché, détaillé, analysé comme une véritable relique, avec dévotion et recueillement… C’était au début de l’année 2004.

Tout s’est enchaîné. L’instrument, bien qu’ayant un peu souffert de cette longue hibernation, offrait déjà au premier examen du luthier chargé de le restaurer l’harmonie et la grâce de ses formes, l’originalité de sa teinte, la pureté, la chaleur des sons qui emplissaient l’espace au moindre effleurement de la table…

Cet excellent luthier que l’on m’avait conseillé a su restituer à l’instrument, ainsi qu’à l’archet le mieux conservé,
gravé « J. SARTORI », leur éclat et leurs qualités sonores d’antan. Du beau travail. La résurrection espérée.

La suite n’était pas vraiment celle que j’avais prévue. Le luthier me dit alors : « Maintenant, à vous de jouer ! » Je croyais à une plaisanterie. Non, il était sérieux : « Vous avez eu l’idée et l’obstination de retrouver le violon de votre père et de le faire remettre en état, c’est donc à vous de le jouer et à personne d’autre ! Prenez des leçons ! »

Une extraordinaire aventure commençait. Semée de difficultés…

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